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"L'Internet physique", solution aux défis logistiques

L’adoption d’un internet physique contribuerait à résoudre à l’échelle planétaire les problèmes de durabilité d’ordre logistique.


Benoit Montreuil, professeur et titulaire de la chaire
Coca-Cola Material Handling & Distribution

C’est ce que Benoît Montreuil a confié aux délégués au congrès annuel de l’Association des administrations portuaires canadiennes (AAPC) lors d’une séance de panel intitulée Forces Driving Tomorrow’s Logistics Landscape (Les forces qui façonnent le paysage logistique de demain).

Monsieur Montreuil, Ph. D., dirige au Georgia Institute of Technology des projets axés sur l’élaboration d’un savoir de pointe qui servira à concevoir et à exploiter cet internet physique en train d’émerger dans le monde. Monsieur Montreuil est titulaire de la chaire Coca-Cola Material Handling & Distribution, et directeur du Centre de l’Internet physique de la faculté H. Milton Stewart de génie industriel et des systèmes de l’école polytechnique de Géorgie.

« Le monde entier se voit placé devant un énorme défi: trouver des façons d’améliorer les performances économique, environnementale et sociale, en termes d'efficacité et de durabilité dans nos façons de transporter, de distribuer, de concevoir, de produire et d'utiliser des objets physiques », dit Benoit Montreuil.

Hyperconnexion

En s’inspirant de l’Internet numérique comme métaphore du monde physique, l’Internet physique permettrait de déplacer des objets de la même façon que son homonyme numérique transmet des données. « Il s’agit d’un système logistique planétaire hyperconnecté qui permettrait le partage fluide et ouvert d’objets et le regroupement des flux », explique Benoit Montreuil. On dit d’un système qu’il est hyperconnecté lorsque ses éléments sont interreliés étroitement et à des niveaux multiples, et ce, en tout temps et en tout lieu. Les différentes couches d’interconnexion sont les couches numériques, physiques, opérationnelles, d’affaires, juridiques et interpersonnelles.

Dans un Internet physique, il existerait un marché ouvert pour le transport, l’entreposage, la réalisation, la prestation et l’utilisation des marchandises. Les marchandises seraient encapsulées dans des conteneurs modulaires écologiques, intelligents et construits selon les normes internationales de la « boîte opaque » aux fins de transport, de manutention et de conditionnement.

On serait en présence d’une nouvelle génération de technologies et d’installations servant à la manutention, au transport et à l’entreposage en vue d’un écoulement et d’un transit rapide et fluide des marchandises. Il y aurait aussi de nouveaux protocoles et de nouvelles interfaces en vue du partage et du regroupement ouverts et fluides des marchandises à travers des réseaux et des modes interconnectés. La certification de fournisseur de services et les évaluations faites par les utilisateurs maximiseraient le rendement, pendant que seraient assurés un suivi et une surveillance continus et rigoureux. L’intégralité de ce système permettrait la prise de décisions intelligentes, informées et proactives relativement à la production, à l’acheminement et au déploiement des marchandises.

Simulation réalisée en France

En prenant le transport hyperconnecté comme exemple, monsieur Montreuil a présenté les résultats d’une simulation réalisée sur les grands supermarchés français Carrefour et Casino et leurs 100 principaux fournisseurs. Cette expérience a montré que le transport par relais multimodal à travers une toile de carrefours ouverts mettant à contribution de multiples acteurs entraînerait des économies globales pouvant atteindre 32 % et une réduction d’environ 60 % des émissions de gaz à effet de serre.

À propos de la distribution hyperconnectée, monsieur Montreuil rappelle qu’on compte 535 000 entrepôts et centres de distribution aux États-Unis seulement. La plupart des entreprises se contentent d’un seul centre de distribution et en utilisent le plus souvent moins de vingt.

« L’idée est d’exploiter ces centres de distribution autant que faire se peut, explique le chercheur. La distribution hyperconnectée permettrait donc à l’entreprise de déployer dynamiquement ses produits à travers un réseau de distribution mondial reliant, aux États-Unis, 535 000 centres de distribution ouverts !

Montreuil affirme que dans les années à venir, on verra de plus en plus d’hyperconnexions de logistique urbaine et portuaire. Les conteneurs doivent transiter de façon fluide à travers les ports et les villes. On doit exploiter des capacités multimodales, et des synergies doivent être élaborées entre la logistique urbaine et la logistique portuaire, précise-t-il.