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NOUVELLES MARITIMES

La navigation électronique au service du cargo


Laurence Benn, ingénieur principal chez OMC International

Les délégués participant au congrès annuel de l’Association des administrations portuaires canadiennes (AAPC) ont découvert un nouvel outil d’aide à la navigation qui permet de transporter davantage de fret, de façon plus sûre et à un rythme accéléré, dans les ports et les voies navigables.

À l’occasion d’une séance intitulée What the Future Holds for Canadian Ports (Ce que l’avenir réserve aux ports canadiens), Laurence Benn, ingénieur principal chez OMC International, a présenté le système de gestion dynamique du dégagement sous la quille (le système DUKC®) conçu par son entreprise. Le système DUKC est un outil de navigation électronique dynamique permettant de prévoir en temps réel, durant la progression même du navire, les objets qui s’élèvent à la verticale dans une voie navigable, c’est-à-dire les obstacles invisibles situés sous la surface de l’eau ou sous le dégagement de la quille. Au cours des 22 dernières années, OMC s’est spécialisée dans la mise en place de systèmes DUKC à travers le monde.

On sait que le dégagement sous la quille équivaut à l’écart séparant la partie la plus basse de la coque du navire du lit de la voie navigable. Dans bien des ports, cet écart doit correspondre à 10 % du tirant d’eau du navire.

« Cette règle doit tenir compte de nombreux impondérables », dit Laurence Benn. Dans un port ou une voie navigable, les inconnues sont notamment l’amplitude des vagues, le phénomène de surenfoncement (effet hydrodynamique de la pression inférieure provoquant l’enfoncement du navire pendant sa progression), la bande (inclinaison du navire d’un côté ou de l’autre), les niveaux d’eau et les marées, la profondeur du chenal, l’éventuelle présence de courants, les exigences en matière de manœuvrabilité, la vitesse des navires et leurs tirants d’eau.

Sûreté, trafic et efficacité

 

Le système DUKC est un outil d’atténuation des risques qui est scientifique et s’appuie sur des données. Il sert à la prise de décision et aide les ports, les voies navigables et les pilotes à mieux gérer la sûreté, le trafic et l’efficacité des transports, explique Laurence Benn.

Le système DUKC intègre en temps réel :

  • des données hydrographiques et météorologiques (état de la mer et temps qu’il fait),
  • des données bathymétriques à haute densité (renseignements sur la profondeur et la conformation du terrain subaquatique),
  • des données SIA (Système d’identification automatique pour l’identification et la localisation des navires),
  • la modélisation hydrodynamique avancée (outil servant à décrire ou à représenter les mouvements de l’eau)
  • et la modélisation des déplacements du navire.

 

Toutes ces données alimentent directement le processus de prise de décision relative au dégagement sous la quille.

Concrètement, le système informatique DUKC recueille un maximum de données sur un navire, sur son trajet et son plan de passage, ainsi que des renseignements sur les vagues, les marées, les courants, la densité de l’eau, les vents, la pression barométrique, des données SIA et des mesures bathymétriques.

Le système achemine cet ensemble de données vers une série de modèles et de méthodes d’analyse scientifiques, et jumelle ces données et analyses afin d’en tirer des renseignements. Les ports et les voies navigables s’en servent afin de réduire les risques, de maximiser les fenêtres de navigation et d’optimiser le tirant d’eau. En profitant au maximum de la colonne d’eau, les ports et voies navigables sont en mesure d’accroître leur débit de fret.

« L’utilisation du système dynamique a permis d’augmenter de beaucoup les tirants d’eau, explique Laurence Benn. Ainsi, le port de Lisbonne au Portugal profite maintenant d’un mètre supplémentaire de tirant d’eau, et ce, non pas à la suite d’une opération de dragage, mais grâce à l’exploitation de toutes les données disponibles. »

Monsieur Benn affirme que le port de Dampier, en Australie, profite d’environ 60 cm de tirant d’eau supplémentaire grâce au système DUKC, gain qui se traduit par un accroissement de revenus de 300 M$ par année en volume de fret (chaque centimètre de gagné sur le tirant d’eau permettant de loger 150 tonnes de fret de plus à bord d’un navire). À Port Hedland, en Australie, le supplément de 65 cm de tirant d’eau obtenu à l’aide du système DUKC génère des retombées de 340 M$ par année grâce à une augmentation du débit de fret.

Montréal aussi

« Nous en sommes à mettre en place à Montréal un système de gestion dynamique du dégagement sous la quille sur le fleuve Saint-Laurent, explique Laurence Benn. Tout simplement en faisant un meilleur usage des données dont nous disposons, nous prévoyons aller chercher un supplément de tirant d’eau de 12 cm environ. »

Le système DUKC peut aussi servir à rationaliser les opérations de dragage. En utilisant le système de gestion dynamique DUKC, le port de Taranaki en Nouvelle-Zélande a pu obtenir l’équivalent d’un dragage d’une valeur de 15 M$ moyennant une opération qui n’en a coûté en réalité que 1,5 M$. À Port Hedland en Australie, on s’est servi du système DUKC pour une opération d’arasement des hauts-fonds qui a permis d’augmenter les tirants d’eau de 71 cm.